mercredi 22 février 2012

L'affaire Jennifer Jones, d'Anne Cassidy

Après la lecture des premières pages du livre, j'avais noté quelques commentaires sur un bout de cahier :
 - J'avais trouvé cela dommage que le suspense ne dure pas longtemps : dès le début, j'avais fait le lien entre Alice Tully et Jennifer Jones.
- Personnage attachant et compliqué psychologiquement.
- Style d'écriture agréable, j'aime la façon dont les faits sont présentés.

Malgré les quelques points négatifs comme le manque de suspense, le personnage de Frankie que j'ai trouvé "creux" et pas assez développé (même si le but du livre n'est pas d'être une histoire d'amour), j'ai dévoré Jennifer Jones.
Pour moi, il fait partie de ces livres qu'on lit d'une seule traite, en une journée. Ces livres qu'on ne peut pas lâcher, qu'on lit en mangeant, dans son bain, puis finalement jusqu'à 3 heures du matin pour atteindre la dernière page avant de dormir. Ces livres qu'on est déçu de refermer et de ranger dans une bibliothèque tant leur lecture nous a plu, tant on n'aurait pas voulu qu'ils s'arrêtent.
Evidemment, je conseille ce livre, comme la plupart de mes camarades de classe, surtout à des adolescents pour lesquels l'esprit critique et le libre arbitre sont en train de naître et d'adopter leurs multiples facettes.
Je pense qu'il serait très intéressant d'organiser un cercle de lecture sur Jennifer Jones dans une classe de secondaire, car les réactions peuvent s'avérer très variées et riches en contrastes.
J'imagine aussi que nous pourrions organiser le procès grandeur nature de Jennifer Jones : les élèves seraient juges, composeraient le jury, un d'entre eux serait l'accusé, l'autre l'avocat, d'autres les parents de la victime, etc.
Nous pourrions aussi voir la presse grâce à ce livre et demander aux élèves d'écrire un article sur l'Affaire Jennifer Jones, non pas le livre, mais le sujet de celui-ci, comme si le crime était réel et actuel.

Soit, pour moi, ce livre est une découverte dont je me réjouis et que je garde dans un petit tiroir de ma tête : je me ferai un plaisir de l'exploiter lorsque j'aurai ma propre classe !


Petite merveille pour aborder le théâtre en classe...

Lors de mon stage précédent, j'ai eu le théâtre comme sujet principal. Comme introduction, j'ai eu comme première idée de plonger les élèves directement dans le feu de l'action, en leur faisant découvrir une pièce adaptée (et non pas un de ces grands classiques qu'ils ont tendance à trouver rébarbatifs rien qu'à la vue du titre...).
Donc, direction "La Parenthèse", étagère théâtre. Premier livre dans lequel je poigne : "Marie des grenouilles" de Jean-Claude Grumberg, et c'est le coup de foudre.
Dès la lecture des premières lignes, je suis conquise : beaucoup d'humour et de tendresse, dans une langue certes un peu désuète mais utilisée de façon fort intéressante dans le contexte de la pièce.
Mais, je cesse d'essayer de vous vendre ma camelote dès maintenant, voyez plutôt l'extrait que j'ai abordé avec les 2e ci-dessous :


Marie des grenouilles
Dans un pays aussi lointain qu’imaginaire, le roi va mourir. L’ennemi est aux portes du royaume. Marie des grenouilles doit sauver le pays en trouvant un prince charmant dans le monde des grenouilles. Mais, sans fée ni baguette magique, le monde des batraciens est aussi noir que celui des hommes. Marie découvre enfin le prince brillant, qui, en lieu et place de la guerre, propose la paix, « qui est bonne pour tout le monde ».


L’auteur en quelques mots…
Jean-Claude Grumberg est né en 1939. Son père est mort en déportation. Après avoir exercé divers métiers, il devient comédien. L’écriture théâtrale commencée en 1968 le conduit à mettre en scène notre histoire moderne et sa violence, dont sa trilogie sur le thème du génocide (Dreyfus (1974), L’Atelier (1979)  et Zone libre (1990). J.-C. Grumberg est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision. Il a reçu deux Molière du meilleur auteur pour Zone libre en 1991 et L’Atelier en 1999, pièce également récompensée par le grand prix de la SACD.

Les personnages :
Le conteur
Le roi
Le chambellan
Cunegonda
Virginita
Marie
Le prince sanguinaire du Mexique
Le prince brillant
L’ennemi
La fée
Et des grenouilles…

LE CONTEUR

Dans la nuit des temps, dans l’obscurité des âges, lorsque la terre n’était encore que forêts bien sombres coupées de lacs, d’étangs et de mares, les grenouilles que la Très-Haute dans sa sagesse avait créées à son image s’épanouissaient et prospéraient, pacifiques et solidaires, dans le calme des eaux, sous la verdure des rameaux, à l’ombre des nénuphars.
Hélas, bien vite les grenouilles se divisèrent et se diversifièrent. On en vit apparaître des vertes, des rousses, des tachetées, des rayées, des moirées, des phosphorescentes, des muettes et des chanteuses, géantes ou microscopiques, communes ou rainettes, toutes se prétendant seules faites à l’image de la très haute et divine grenouille. 
Bientôt les grenouilles mâles et femelles, toutes boursouflées de haine, finirent par se mener une guerre incessante, chacun chacune tentant d’occire ou d’asservir les autres. Ulcérée et amèrement déçue de ses créatures, la Très-Haute, dans sa sagesse, expédia près des mares, lacs et étangs des nuées de fées afin de changer en hommes les plus belliqueuses d’entre elles.
Bien vite la quiétude revint près des nénuphars. Les grenouilles organisèrent leur territoire, chaque espèce selon ses qualités et ses goûts se vit dotée d’une parcelle sur les berges avec accès direct à l’eau, les nénuphars restant accessibles à toutes. Las, les grenouilles agressives, une fois changées en êtres humains, se comportèrent sur la terre comme elles étaient comportées dans l’eau. Bientôt, ce ne fut pas par les bois et les champs qu’insultes et malédictions, blasphèmes et sarcasmes, haine, haine et haine.  Chacun chacune raillant la couleur de l’autre et jusqu’à son odeur, chacun chacune se traitant d’affreux crapaud avant de se jeter l’un sur l’autre pour en découdre, toujours au nom de la Très-Haute. Celle-ci alors renvoya des fées avec mission de retransformer et de réexpédier les meneurs les plus violents à l’ombre humide des étangs. Ainsi, au fil des premiers âges, tantôt grenouilles, tantôt humains, les plus belliqueux d’entre tous régnèrent sur l’un et l’autre monde, l’aquatique et le terrestre. Bientôt la discorde régna partout, tant sur la terre ferme que sur les étangs. La Très-Haute détourna alors son regard loin des mares et forêts, des plaines et des villages, les fées cessèrent de transformer les grenouilles en princes, charmants ou non, et les sorcières se lassèrent de retransformer les princes charmants en grenouilles, voire en crapauds chanteurs.
C’est en ce temps de désordres, de tristesse et de troubles que commence notre histoire.

À la cour du roi.
LE CONTEUR
Il était une fois dans un pays lointain un roi qui sur son lit de mort gémissait. Il fit venir tout son peuple et lui dit :

LE ROI
Mes enfants, je vais mourir, hélas je n’ai pour me succéder que des filles, l’une d’entre elles régnera, mais alors l’ennemi, sachant que vous n’êtes plus protégés par le bras d’un roi fort et vigoureux, envahira notre beau pays, pillera vos maisons…
Il sanglote.
LE CHAMBELLAN
(affolé)

Que faut-il faire, ô grand roi ?

LE ROI
Il faut que ma fille aînée et très aimée Cunegonda trouve parmi les grenouilles qui coassent dans les douves du château la grenouille de sang royal qui n’attend qu’un chaste baiser virginal pour redevenir un grand noble et preux prince charmant. Oh ! Je meurs…

LE CHAMBELLAN
Vite, qu’on aille quérir les grenouilles afin qu’une à une la princesse les baise.

CUNEGONDA
Jamais, jamais je ne poserai mes royales lèvres sur des rotondités baveuses et boutonnantes ! Jamais !

LE CHAMBELLAN
Même s’il s’agit de sauver le royaume et d’obéir aux royales volontés de feu votre royal paternel ?

CUNEGONDA
Je préfère renoncer au trône et ne me jamais marier.

LE CHAMBELLAN
(se tournant alors vers la seconde fille)
Virginita, princesse cadette et non moins aimée, après l’âpre renoncement de votre aînée, êtes-vous prête à tout faire pour régner et sauver le royaume ?

VIRGINITA
Je suis prête.
LE CHAMBELLAN

Vite, les grenouilles !
VIRGINITA
Je suis prête à embrasser toutes les grenouilles et tous les crapauds que vous aurez la bonté, noble chambellan, de me présenter, mais hélas je crains que ce ne soit en pure perte. N’est-il pas exigé de l’embrasseuse qu’elle n’ait jamais embrassé auparavant ?

LE CHAMBELLAN
Auriez-vous déjà embrassé, princesse ?
(Elle baisse les yeux. Le chambellan, avec espoir.)
Des grenouilles ?
(Virginita fait non de la tête.)
Des garçons ?
(Elle approuve. Le chambellan, écrasé de douleur.)
Ciel ! Enfer ! Malédiction et tout et tout…
(Silence pesant, prolongé et désolant.)
Seriez-vous prêtes, princesses, l’une d’entre vous tout au moins, à épouser l’ennemi quand il se présentera ?

TOUTES LES DEUX
Jamais !
CUNEGONDA
La dépouille mortelle de notre illustre père n’est pas encore ensevelie que déjà vous nous faites des propositions contraires à l’honneur et à la glorieuse histoire de notre lignée glorieuse !

VIRGINITA
Honte sur vous, chambellan !

LE CHAMBELLAN
Fort bien, dans ce cas qu’on aille quérir Marie des grenouilles et qu’on lui offre le trône !

VIRGINITA ET CUNEGONDA
(d’une seule voix.)
Marie des grenouilles ? Le trône ?

CUNEGONDA
Cette souillon n’est pas de sang royal, que je sache…

LE CHAMBELLAN
Détrompez-vous, princesse aimée, votre père l’engendra un soir d’ivresse. Après ripaille, il tomba dans les douves et…
VIRGINITA
Ne me dites pas que la mère de Marie des grenouilles est elle-même batracienne ?

Le CHAMBELLAN
Non, c’était la souillonne des grenouilles en ce temps.

CUNEGONDA
La souillonne ?

LE CHAMBELLAN
Celle qui comme Marie aujourd’hui a pour mission de faire taire les grenouilles qui coassent la nuit dans les douves afin que le roi et sa cour puissent dormir tout leur saoul sur leurs deux oreilles.

CUNEGONDA
Comment les fait-elle taire ?
LE CHAMBELLAN
En les frappant dès qu’elles chantent d’un coup de rame sur la tête. Mais voilà Marie, souillonne des grenouilles.
Approche, ne crains rien.
CUNEGONDA
Pouah ! Elle est verdâtre.

VIRGINITA
C’est Marie des crapaudes, oui.

CUNEGONDA
Elle sent la vase à plein nez…

LE CHAMBELLAN
Sois la bienvenue.

MARIE
(tremblante)
Côa ? Côa ? Côa ?

LE CHAMBELLAN
Ne parlerais-tu plus langue humaine ?

MARIE
Qu’si, qu’si, qu’si !
Elle fait d’énormes bulles.
Les princesses pouffent.

LE CHAMBELLAN
Sache, Marie des grenouilles, que tu es fille de roi.

MARIE
(elle s’en étrangle)
Côaaa ? Côaaa ? Côaaa ? Côaaa ?


LE CHAMBELLAN
Et que si tu consens à baiser sur la bouche le prince charmant qui végète à coup sur dans l’eau de nos douves sous la peau d’une grenouille, tu régneras. Il deviendra notre roi bien-aimé et toi notre reine.

MARIE
Reinette, je préfère.

LE CHAMBELLAN
Soit, reinette, mais presse-toi, j’entends déjà l’ennemi fourbir ses armes.

MARIE
Je vais les baiser toutes, grenouilles et crapauds aussi s’il le faut.

LES DEUX SŒURS
Pouah !
(Elles en crachent de dégoût.)
Quelle dégoûtation !

LE CHAMBELLAN
Avant tout, ôte-moi d’un doute : as-tu déjà embrassé ?

MARIE
J’ai déjà embrassé et de bon cœur.

LE CHAMBELLAN
(mort de crainte)
Des garçons ?

MARIE
Non, des grenouilles.

LE CHAMBELLAN
(soulagé)
Ah ! Et aurais-tu déjà au hasard de tes chastes baisers libéré un prince charmant preux et vaillant ?

MARIE
Jamais, mais il faut dire que je n’y pensais pas.

LE CHAMBELLAN
Penses-y désormais, baise avec ardeur en prononçant cette formule magique : « Noble grenouille, si prince tu fus, que ce chaste baiser te rende forme humaine. »

Fin de l'extrait. 

Les 2e ont mordu à l'hameçon, et l'introduction au théâtre a cartonné : tous ont voulu participer, les conseils pour l'interprétation ont fusé de partout, et la leçon est partie comme sur des roulettes ! 

mercredi 4 janvier 2012

Et puis... et puis... et puis il y a Frida, qu'est belle comme un soleil (...)!



http://www.youtube.com/watch?v=rjnjS9efeMQ (Buena Vista Social Club - Chan chan)


A travers Frida Kahlo, ma peintre préférée parmi tous, je vous présente deux de mes passions : la peinture et la culture latino-américaine.
L'image ci-dessus est un autoportrait peint par l'artiste en 1944 intitulé "La Colonne brisée". C'est une de mes oeuvres préférées (bien que je les aime presque toutes) car si on observe le tableau de près, on peut voir tout un tas de petits détails nous renseignant sur la vie de Frida. Le tableau porte ce nom car à 18 ans, en revenant de l'école, l'artiste a eu un grave accident de bus qui l'a paralysée au niveau de la colonne. Elle a représenté cet évènement de sa vie dans ce tableau par une colonne antique fêlée (parallèle avec sa colonne vertébrale), un corset, et tout un tas de clous plantés un peu partout dans son buste qui représentent la douleur permanente (aussi bien morale que physique) qu'elle ressentait après son accident. Le désert derrière elle est une métaphore de sa vie car elle a du rester alitée à son domicile durant de nombreux mois suite à son accident. On peut aussi voir des larmes de tristesse couler de ses yeux en abondance. 

Ce qui me touche également dans ce tableau, c'est la vraisemblance avec son auteur : 


Elle était appréciée pour son authenticité et sa profondeur par ses proches. Lorsqu'on compare ses nombreux autoportraits à des photographies d'elle, je trouve qu'ils sont "vrais", qu'ils la représentent telle qu'elle est. Elle n'a pas cherché à s'embellir, ou a modifier ses traits. Pourquoi ? Parce qu'elle était extrêmement fière de représenter sa culture et ses origines (ses sourcils épais sont sa caractéristique principale, ainsi que ses longs cheveux noirs, souvent tressés dans autres tableaux).

 Ce qui me plait également, c'est la franchise et l'honnêteté avec laquelle elle nous livre sa vie et son ressenti à travers des images fortes : 



Ce tableau fait office de biographie de Frida : elle y a représenté tous ses êtres chers sur les côtés, qui sont classés en plusieurs niveaux (en partant du bas, on peut voir le monde des "vivants", séparés par des squelettes faisant office de frontière (= la mort) avec le monde du divin (symbole de la foi de l'artiste)). Comme thème central, on voit un foetus et un nourrisson : ils représentent la plus grande déception de Frida, qui est de ne jamais avoir eu d'enfant avec l'homme de sa vie (facteur d'autres de ses souffrances car il était volage, inspirant ainsi de nombreux autres tableaux) et son mentor, Diego Rivera. Pourquoi a-t-elle choisi de représenter les enfants de la sorte ? Le foetus est un symbole de ses nombreuses fausses couches (6, si je me souviens bien...) et le nourrisson symbole du bébé mort-né à qui elle a donné naissance quelques années auparavant. 

Mais, pourquoi j'en suis venue à vous parler de Frida Kahlo ? 

Tout simplement parce que je suis tombée sur cet album dans un rayon de livres destinés aux enfants:

"Frida et Diego au Pays des Squelettes" de Fabian Negrín, chez Seuil Jeunesse. 

Les illustrations sont magnifiques et très colorées (les couleurs employées sont typiques de la culture mexicaine) et le livre est construit sur base d'éléments biographiques de l'artiste et de ses oeuvres. Petit clin d'oeil aux amateurs de la Sra Kahlo, qui feront des parallèles et des liens tout au long du visionnage (parce que dans ce cas, on parle plus de visionnage que de lecture) de l'album. 

Cependant, l'endroit où je l'ai trouvé laisse penser qu'il est exclusivement destiné aux enfants, et, selon moi, cet ouvrage est inapproprié car si on ne connait pas un minimum la peintre, l'histoire même du livre est illogique, voire incompréhensible pour des enfants... 
Mais cela, c'est à vous d'en juger également ! :) 





lundi 10 octobre 2011

"Il ne devait rien rester. Rien. Jamais. Nada. Des bouches amères, plissées, cassées, tordues, des lits, de la cendre, des visages défaits, des heures à pleurer, des années et des années de solitude, mais pas de souvenirs. Surtout pas. Les souvenirs, c'était pour les autres. Les frileux. Les comptables." - "La Consolante", d'Anna Gavalda, p.12

Le titre est un court extrait de La Consolante, d'Anna Gavalda.
C'est le dernier livre que j'ai lu de cette auteure, je dévore ses oeuvres les unes après les autres.
Depuis Ensemble, c'est tout, le premier livre que j'ai lu d'elle il y a quelques années déjà (il est sorti en 2004, on ne rajeunit pas!), je suis littéralement (ou littérairement?) tombée amoureuse de son style et de sa simplicité dans l'écriture.
Ses textes me touchent, ils abordent essentiellement des histoires de vie, souvent à plusieurs voix. Les personnages sont authentiques, on ne peut s'empêcher de s'identifier à eux. Et combien de fois je ne me suis pas dit que je n'aurais jamais trouvé de meilleure mots, de meilleure formulation pour exprimer un sentiment ou une idée.

Quelques mots sur Anna Gavalda :

"Auteur à succès, Anna Galvalda occupe une place de choix dans les rayons de littérature populaire. Après avoir grandi en Eure-et-Loir dans une atmosphère 'folklorique ', Anna Gavalda est envoyée en pension, à 14 ans, à la suite de la séparation de ses parents. C'est lors du concours d'entrée à Sciences-Po qu'elle rédige sa première nouvelle. Elle suit une hypokhâgne et obtient une maîtrise de lettres à la Sorbonne. Profitant du calme de la Seine-et-Marne et maman de deux enfants, elle cumule les métiers de fleuriste, ouvreuse, professeur de français et d'assistante vétérinaire. Elle est lauréate de la 'plus belle lettre d'amour 'de France Inter, et se met à écrire des lettres pour les autres. Cette jeune femme dynamique reçoit le Grand Prix RTL-Lire pour son premier recueil de nouvelles 'Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part' en 1999. Mélange de simplicité, de merveilleuses et tragiques vérités quotidiennes, ce titre ne quitte pas les classements des meilleures ventes pendant des mois et est traduit dans une trentaine de langues. Elle s'essaie les années suivantes à de nouveaux styles, écrit son premier roman 'Je l'aimais' et un livre pour enfants '35 kilos d'espoir'. Elle est alors chroniqueuse pour le cahier Paris-Ile-de-France du Journal du Dimanche. C'est durant l'été 2003 qu'elle commence à travailler sur son quatrième titre, 'Ensemble, c'est tout', un véritable succès dans le monde littéraire, critique et public, adapté au cinéma en 2007 par Claude Berri. Suivent alors 'La Consolante' en 2007 et 'L' Échappée belle' en 2009. En 2011, elle traduit un roman américain de 1965 écrit par John Williams, inconnu en France." (source : http://www.evene.fr/celebre/biographie/anna-gavalda-4228.php) 

"Et puis un jour, une nuit plutôt, elle a appelé et je ne comprenais rien de ce qu'elle me baragouinait. La seule chose que je pigeais, c'est qu'elle avait bu... Je suis allée la voir le lendemain.
Il lui avait écrit une lettre qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Il fallait que je la lise, moi, et que je lui explique. Qu'est-ce qu'il disait, là ? Qu'est-ce qu'il disait ?!! Il la quittait ou il ne la quittait pas ? Elle était... anéantie. J'ai donc lu cette lettre...
Secoua la tête.
-... cette merde pleine de jargon jargonnant à la soupe psy... C'était élégant et tout bien emberlificoté de jolis mots. ça se voulait digne, généreux, mais c'était juste... le comble de la lâcheté. 
Alors ? Alors ? suppliait-elle, ça veut dire quoi, tu crois ? Je suis où, moi ?
Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise? Tu es nulle part. Regarde... Tu n'existes déjà plus. Il te méprise à ce point qu'il ne se donne même pas la peine d'être clair...Non... Je ne pouvais pas. A la place, je l'ai prise dans mes bras et là, bien sûr, elle a compris. 
Tu vois, Charles, c'est une chose dont j'ai souvent été témoin et que je n'arriverai jamais à comprendre... pourquoi des êtres aussi exceptionnels dans le boulot, des gens qui, objectivement, font le Bien sur terre, s'avèrent être d'infâmes connards dans la vraie vie ? Hein ? Comment c'est possible, ça ? Au bout du compte, elle est où, leur humanité ?
Donc je suis restée avec elle toute la journée. J'avais peur de la quitter. J'étais sûre qu'elle allait, au mieux, se pilonner à l'alcool, au pire... " 
Extrait de  La Consolante, p . 271. 
Je trouve qu'il reflète particulièrement  bien
le style d' A. Gavalda (en espérant qu'il vous a séduit aussi!)



samedi 8 octobre 2011

Si j'étais illustratrice...

 
Rebecca Dautremer, co-auteure et illustratrice de Princesses oubliées ou inconnues.
OU : "machine à oeuvres d'art" (c'est un peu subjectif comme sobriquet, non ?).

Cet album s'est révélé être mon coup de coeur de l'année 2011 ! Le graphisme est magnifique, les textes, certes brefs, sont truffés de subtilité et de poésie :  c'est un véritable bonheur de le lire, autant pour soi-même qu'à un enfant (j'ai fait le test, même s'il ne comprend pas le second degré du texte, ce dernier suscite cependant des réactions surprenantes). 
En somme, petits comme grands, chacun y trouve son interprétation. 

Ce qui m'a particulièrement touché en lisant ce livre:
- ce n'est pas seulement la beauté du trait, c'est aussi les personnalités, les descriptifs de  ces demoiselles "oubliées ou inconnues" (qui méritent tellement de sortir de l'oubli, d'ailleurs !)  toutes plus déjantées et originales les unes que les autres ! 
Petites et grandes retrouvent à chaque page un petit bout d'elles-mêmes: la partie cachée de tous ces petits détails (ô combien agaçants parfois) qui font des filles des princesses. 

- c'est cette façon de présenter la gente féminine... tellement à l'opposé de tous ces contes désuets et un tantinet mysogynes: ici, les princesses peuvent être "crados", pipelettes, sauvages, guerrières, savantes, "énoOormes", musiciennes, "pêt-sec"... Et, quelle révolution ! Enfin : quel plaisir de voir apparaître un ouvrage montrant toutes les facettes des héroïnes de la vraie vie (et présentées avec naïveté et humour, en plus). 
Et puis, quelle fierté de lire ce livre à haute voix à une petite fille où les héroïnes sont des figures indépendantes, autonomes, débordantes de personnalité ! (Simone de Beauvoir, sooooors de ce corps!) 

Je ne vous ferai pas de résumé, ce texte est à l'image de ses auteurs: moderne, frais, pétillant, décousu, drôle, TOUT ("nooon nooon, je n'essaie pas de vous convaincre d'y jeter un coup d'oeil") ! 
Cependant, vous pouvez quand même regarder ici 
(-> http://www.dailymotion.com/video/xch9ue_princesses-oubliees-ou-inconnues_music  ) une mise en scène du livre, par Catherine Vaniscotte (prix Mino talent Adami : http://www.adami.fr/promouvoir-la-culture/les-talents-adami/talents-mino.html ) lors d'un spectacle pour enfants. 




"Un jourre, j'éter den une clace é on na parler dun karnê de lekture." (P.-S. : ceci est une farce.)

Il y a peu, nous, jeunes Rivageois-iens de 2e "lit.-fle" avons entendu parler de ce tant redouté "Carnet de lecture(s)".Oui, mais qu'est-ce donc ?

Pour se forger une idée plus claire de la consistance de ce projet ambitieux, en voici une "très brève" (?) définition :

"Un petit guide pour l'utilisateur du carnet de lecture


-> Qu'est-ce qu'un carnet de lecture ? 
 Le carnet de lecture est un moyen efficace de conserver une trace de tes réactions aux textes, qu'elles aient été positives ou négatives. Il t'offre la chance de réagir personnellement, de poser des questions, de réfléchir sur les personnages, les évènements, la langue de l'auteur. Au fur et à mesure de tes lectures, prends le temps de t'arrêter pour noter tes observations. Tu peux le faire aussitôt qu'une idée te frappe ou tu peux attendre d'avoir lu une partie de texte, par exemple une dizaine de pages ou un chapitre. Tu ne devrais habituellement pas dépasser ce nombre de pages avant d'écrire dans ton carnet.

-> De quelle longueur doivent être les notes de lecture ?
Il n'y a pas de longueur précise pour les notes. Parfois, tu voudras écrire quelques lignes seulement, d'autres fois, tu voudras écrire plus longuement. Ce qui est important, ce n'est pas d'écrire de longues notes, mais d'écrire souvent.

-> Que dois-je écrire dans mon carnet de lecture ?
Ne résume pas ce que tu viens de lire, écris plutôt tes réactions au texte. As-tu des questions sur ce qui s'est passé ? Que penses-tu des personnages ? Sont-ils crédibles ? Y a-t-il quelque chose dans l'histoire qui a suscité chez toi des sentiments (de joie, de tristesse)? Quand tu écris dans ton carnet, pense à réagir au texte plutôt qu'à redire ce que l'auteur a écrit.

A certaines occasions, je te demanderai de répondre à des questions précises, par exemple : "Que penses-tu des comportements de tel personnage ?" "Que penses-tu qu'il va se passer au chapitre suivant ?" "Qu'est-ce que tu n'as pas trouvé clair en lisant?" "Quelle question poserais-tu à l'auteur à ce sujet ?" "Sur une échelle de 1 à 5, comment évaluerais-tu ce texte ?"

Si tu as de la difficulté à commencer, tu peux utiliser les idées qui suivent. Ne choisis une idée que si elle s'applique à ta lecture :
- J'ai été impressionné par...
- J'ai remarqué que...
- Je me demande si...
- Je ne comprends pas...
- Je comprends maintenant pourquoi/qui/ce que...
- Je pense que...
- Cette partie de l'histoire me rappelle...
- Je n'avais jamais pensé que...
- J'ai été surpris...

-> Quelle est la bonne réponse ? 
Tous les romans que tu liras sont différents et chacun y réagit à sa façon. Ton carnet de lecture te permet de garder une trace de tes réactions à mesure qu'elles évoluent. Le but n'est pas d'évaluer tes connaissances, mais de t'aider à réfléchir sur tes lectures par l'écriture. Comme nous avons tous des expériences différentes, nous réagissons tous au texte à notre façon. Personne n'a vécu les mêmes expériences que toi, c'est pourquoi personne n'aura exactement la même réaction que toi à un texte. Les notes que tu écriras dans ton carnet ne seront pas évaluées comme de bonnes ou de mauvaises réponses.

-> Les carnets sont-ils privés ?
Non. Le carnet n'est pas un journal personnel. Je le lirai et probablement aussi tes camarades. De plus, tu vas parler de ce que tu as écrit. En discutant en classe, tu voudras peut-être ajouter des idées que tu as retenues des discussions. Pense à ton carnet comme à une conversation écrite avec toi-même que les autres vont lire ou écouter à l'occasion.

-> Qu'en est-il de l'orthographe et de la grammaire ?
Fais de ton mieux. Le plus important est de noter tes idées par écrit. Essaie d'écrire clairement de façon à ce que les autres puissent te lire.

-> Que ferez-vous avec mon carnet ?
Je vais emprunter ton carnet de temps en temps et je vais te "parler" dans la marge. Aussi, laisse-moi un peu d'espace. Lire ton carnet me permet de voir quelles sont tes questions et tes observations sur tes lectures.
En petit groupe, tu échangeras tes réflexions dans ton carnet, tu auras la possibilité de confirmer, de clarifier ou de modifier tes premières réactions par la discussion. En attendant ce que les autres diront, tu pourras ajouter des éléments dans ton carnet.

-> Mon carnet sera-t-il évalué ? 
Tu seras évalué sur la qualité de ton travail. Ton engagement, la fréquence de tes notes de lecture et le niveau de réflexion de tes écrits vont contribuer à constituer la note que tu obtiendras à la fin de chaque étape. Tes idées ne seront pas jugées comme bonnes ou mauvaises."

Source : GIASSON J., Les textes littéraires à l'école, Bruxelles, De Boeck, 2006, pp. 138 - 139.

En résumé selon moi : 


Vous trouverez donc sur ce blog (ou carnet de lecture) des "petits  bouts" de mon voyage à travers la littérature (quelle poésie n'est-ce pas ?), des "petits bouts" de pensées, parfois décousues, parfois enragées, parfois extasiées (etc.)... à propos de livres, d'extraits, citations, publicités : tout ce qui donne matière à réflexion (je tâcherai à limiter le fouillis, promis!).


BREF, SOYEZ LES BIENVENUS DANS MA TÊTE ! 


Bien à vous,

Chanelle B.